France Culture - Ralf Hütter - January 1992
"Coda" program - french radio broadcasting
This radio interview is divided in 5 parts, and each part of transcripted text has the respective audio file beside to download.
Part 1  
Hütter: Nous travaillons à Düsseldorf en Allemagne dans notre studio Kling Klang qui est un jardin electronique.
Nous, on a vraiment commencé par une période de silence. Nous sommes la première génération après guerre "Bundesrepublik" génération. Et vraiment, il fallait trouver le son de notre vie quotidienne. Il n'y avait pas, il y avait juste le break total avant...de notre culture musicale ou même dans d'autres domaines de la culture et, vers la fin des années 1960, se developpait une situation ou les écrivains, les metteurs en scène, les réalisateurs de films, de musiques, ces artistes commençaient à établir une nouvelle créativité de notre situation en Allemagne. Ca n'a rien à voir avec l'autre culture américaine. C'était plutôt notre situation de vie quotidienne qui nous fascinait et qu'il fallait réféchir, et trouver le son "kling klang" de l'Allemagne.
France Culture: 1968 - Conservatoire de Düsseldorf. Ralf Hütter rencontre Florian Schneider Esleben en cours d'improvisation musicale, leurs 2 premiers albums paraissent en 1970 et 1971. Ils jouent de la flute, de l'orgue, de la guitare, mais c'est déja Kraftwerk.
Hütter: Les oreilles sont des microphones et on a commencé comme ça.
 
Part 2  
Hütter: Je peux vous parler de Kraftwerk à Dusseldorf, en Allemagne. Nous ne sommes pas une grande compagnie organizée comme militaire, ous sommes tres anarchiques et très individualistes avec nos machines spéciales etc... Je trouve ça un peu différent, c'est plutôt européen que différentes langues, cultures, comme on avait parlé avant, influences. Nous sommes très anarcho-quotidiens.
France Culture: C'est au cours des années 1970 que le projet esthétique de Ralf Hütter et su group Kraftwerk est à jamais défini. A l'aide d'une technologie balbutiante ,ils chanteront désormais la petite musique de l'atome, du robot, de l'autoroute, de l'ordinateur. Les noces de l'homme et de la machine.
Hütter: Nous, on fait des compositions un peu de partout. Tout est permis. Il n'y a pas de principe de travail. Il n'y a pas de système. Nos idées viennent de nos expériences. "Altag" an Allemand. La vie de tous les jours.
Nous, on joue les machines, les machines jouent nous. C'est vraiment l'échange et l'amitié que nous avons avec les machines musicales nous font construire une nouvelle musique.
France Culture: Kraftwerk à été considéré à l'époque comme un groupe moderne. A l'époque, le mot "post-moderne" n'existait pas et en France, notamment, on vous a vu comme des gens qui chantaient la modernité d'une manière très positive. Quand vous y repensez, cette attitude était sincère ou elle était plutôt ironique?
Hütter: Non, c'était très sincère. Et ce n'est pas un positivisme stupide mais plutôt une ambivalence. Une réalité tecnologique qui nous interessait. On fait de la musique avec des machines electroniques, des bandes magnétiques, des oscillateurs, des machines echos, des synthétiseurs, des appareils photos, des vidéos, etc...c'est très normal d'en parler et d'inclure tout ça dans nos compositions, la vie quotidienne, les trains.....C'est la vie quotidienne, il n'y a rien d'autre.
 
Part 3  
Hütter: Notre musique est plutot minimaliste, c'est à dire, si on peut jouer une idée avec seulement une note ou deux ou trois, il faut mieux faire ça directement plutot que de jouer du baroque, de faire une centaine de notes et avec nos machines musicales, il n'y a plus la question de jouer un genre de virtuosité, il y a toute la virtuosité que l'on veut dans les computers et dans les machines musicales. Alors, on s'est concentré plutôt vers un minimalisme très direct.
C'est le mouvement qui nous fascine (au lieu d'une situation statique). tout ce dynamisme de la vie industrielle, de la vie moderne, et vraiment il faudra parler de nos expériences, de la vie, vraiment comme elle se présente pour nous. Même le monde artistique n'existe pas en dehors d'une vie quotidienne. Ce n'est pas une autre planete, c'est ici. C'est par terre, c'est ici que cela se passe.
La musique n'est pas un produit statique. C'est vraiment le mouvement. La musique, c'est la forme d'art qui incorpore le temps et le changement. Le passé, le présent, le futur.
La musique, pour nous, represente une réalité virtuelle, parce que même si nous jouons le morceau "Autobahn" par exemple, il n'y a pas de voitures sur scène mais tout le monde peut très bien deviner, et voir les carrosseries par le son. C'est le son "volkswagen" par exemple, l'art visuel maintenant, on découvre de nouvelles réalités grace au computer. Est en train de suivre dans la voie musicale. Mais je crois que la musique est toujours en avance. Qu'est-ce que c'est? C'est des ombres!. On ne peut même pas les voir. Et tout le monde cree des images dans nos têtes.
 
Part 4  
Hütter: Nous avons toujours joué dans differentes situations, dans differents pays, dans differentes cultures. Et bien sur, en jouant en Amérique, il y avait toujours une large partie du public dansant, un public noir, hispanique, hispano-americain,etc... L'éléctronique est vraiment une langue mondiale. C'est la musique du village global.
France Culture: Le rap, puis la house music vont littérallement piller Kraftwerk au cours des années 1980. Ralf Hütter et Florian Schneider sont ainsi les précurseurs unanimement reconnus des musiques modernes fondées sur le rebond électronique, sur le pouls universel des boites à rythme, en un mot, la transe.
Hütter: De notre part, c'est le dynamisme des machines, le "soul" des machines qui faisait toujours partie de notre musique. La transe fait toujours partie d'une répétition. Tout le monde cherche la transe dans la vie, dans le sexe, dans l'émotionnel, dans le plaisir, dans n'importe quoi, dans les parties, alors, les machines donnent une transe absolument parfaite.
Tout le monde a un coeur, tout le monde a un battement de coeur et un rythme de pouls entre 45 et 50 et les non sportifs 60-70. Nous, nous on se situe vers les 50. Comme ça,c'est vraiment une communion. Dans le monde on parle peut etre des langues differentes mais il y a des choses qui sont parallèles pour tous les êtres humains. La danse, c'est une forme d'origine de la musique. Quelqu'un m'avait dit qu'en Scandinavie, il y a une langue ou le mot "musique" et "danse" est identique.
 
Part 5  
Hütter: Nous sommes très fascinés par l'automatisme. Les robots nous remplacent pour certaines fonctions de films, videos, photos, etc... sur scène. Comme ça, nous pouvons faire autre chose. Construire de nouveaux programmes. Et on a aussi travaillé sur le concept bien sur aujourd'hui,réalisable de faire simultanément des concerts. Dans la société informatique, ce ne sont pas les grands gestes, mais plutôt la manière des gestes... "en touchant ce bouton-çi, il joue une petite mélodie"...Il y a dans le lyrisme de Kraftwerk. C'est un ballet des doigts, un ballet des yeux.
France Culture: Sur l'album "The Man Machine", Kraftwerk rendait hommage au constructivisme russe. Une esthétique qui allait très bien à la vision nostalgique de la modernité. Mais aujourd'hui,il est devenu difficile de célébrer le mot "travail". Le travail se cache dans les puces des ordinateurs et dans les réseaux qui en transmettent les données. Cette année, Kraftwerk est donc réapparu avec un album de remixes. Des nouvelles orchestrations de leurs anciens morceaux. Ralf Hütter et les 3 autres musiciens ont élaborés 4 robots à leur image. Leur mémoire melodique est digitalisé. L'homme machine est éternel.
Hütter: Nous avons transporté en digital tout notre son, toute notre mémoire, toutes les anciennes bandes qui commençaient à se démagnétiser et nous avons transformé tous les sons originaux sur digital et dans la mémoire du computer. Et toute l'encyclopédie Kraftwerk est à notre disposition (catalogue). Et un jour,quand nous serons peut-être partis, morts, disparus ou arretés, je ne sais pas quoi, quelqu'un d'autre pourra vraiment continuer avec ces idées ou les sons et travailler et faire de nouvelles compositions avec peut-être des sons originaux. Par exemple, ça change tout à fait de la situation antique, du compositeur personnel qui avait un roi ou une ville très riche et qui donnait l'argent (sponsoring) et un grand orchestre de 80 musiciens pour repeter pour jouer de la musique. Même aujourd'hui, par exemple, l'écriture de Beethoven, c'est pas très clair. Il y a toujours des spécialistes qui essaient de la déchiffrer. Mais là, dans le computer, tout existe. Il n'y a plus d'orchestre, il n'y a plus rien. Le monde est son. C'est tout à fait une nouvelle créativité qui s'ouvre et maintenant c'est la situation parfaite pour un compositeur de travailler.
French transcription by Romain C. - Montpellier - France


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Updated: November 25, 2007