| Rock&Folk:
Parlons de "Man Machine": L'homme de "Man Machine"
est-il soumis à la machine? |
| Florian
Schneider: Je ne crois pas. C'est plutôt une relation
d'un degré plus perfectionné. Il y a interaction. Extension réciproque.
La machine aide l'homme, et l'homme admire la machine. Voilà le prolongement
de ton cerveau. Il t'aide à ne pas oublier. C'est le troisième homme à cette
table (silence). Nous, nous aimons nos machines. Nous entretenons une relation
érotique avec elles... |
| Rock&Folk:
Oui. Il y a eu trois stades: l'homme et la femme,
l'homme et l'héroïne, l'homme et la machine... |
| Florian
Schneider: Nous parlions de l'Homme machine. Nous
venions juste de commencer. |
| Rock&Folk:
Il est difficile de parler. Les pensées suffisent.
Quand on s'est rencontrés au drugstore, cette nuit, on ne parlait pas, et
pourtant on s'est dit beaucoup de choses. |
| Florian
Schneider: Cela m'est arrivé hier soir avec D.,
les gens avec qui elle était me posaient des questions. Ils voulaient comprendre,
et c'était tellement lent. On ne pouvait pas... |
| Rock&Folk:
...entrer en contact. Parler est une régression. |
| Ralf
Hütter: Oui. En fait, c'est une tradition
héritée de la Bible. Dans la Bible, le langage est considéré comme l'art
le plus haut: "Au début était le verbe". Mais pour nous la bible c'est fini.
Il y a des choses tellement plus rapides des choses électriques. Dans notre
musique, les mots ne sont que des prétextes. Nous ne nous exprimons pas
par eux. |
| Florian
Schneider: Ce sont justes des panneaux de signalisation:
à droite, à gauche. |
| Rock&Folk:
Les mots sont un barrage au cerveau. |
| Ralf
Hütter: Oui. Et tout cela est programmé par
les écoles. |
| Rock&Folk:
Les écoles nous apprennent à être lents... |
| Florian
Schneider: Il faut peut-être inventer une langue
synthétique. |
| Ralf
Hütter: En allemand, pour décrire les situations,
il y a ce concept du "film". C'est un concept quotidien: "J'ai rencontré
Untel dans un film". Chacun a son "film". |
| Rock&Folk:
Une chose dont je voulait parler, c'est l'existence
du double. La forme de création moderne, pour moi, c'est d'inventer un double
qu'on téléguide. Et ce double, recevant l'attention des médias, vous la
restitue sur-multipliée. En fait, l'homme machine n'a pas d'ego. |
| Florian
Schneider: L'homme machine a un supra-ego. |
| Ralf
Hütter: Ce n'est plus le niveau "concentration
individuelle". L'optique 19è siècle est révolue. Le mythe de l'artiste important
a été surexploité. Cela ne correspond plus aux normes de la société moderne.
Aujourd'hui, on travaille à la chaîne... (silence) |
| Rock&Folk:
A Paris, cette semaine, c'est les collections: la
semaine la plus superficielle de l'année. La superficialité efface beaucoup
de choses. Elles permet d'avoir le cerveau vide, ce qui est la condition
idéale pour créer... |
| Florian
Schneider: Oui. Nous, on dit "blank tape" pour
le cerveau. Une bande vierge, et un microphone dans chaque tympan. En musique,
il faut développer un art d'écoute basé sur le vide. |
| Rock&Folk:
Revenons à la superficialité, vous êtes à paris depuis
deux jours, et vous êtes allés deux fois au Palace. Le Palace est le symbole
de la superficialité. Vous semblez aimer cet endroit? |
| Ralf
Hütter: Oui pour nous, c'est comme une Kermesse
électronique. Etre seul dans la foule... |
| Florian
Schneider: C'est un cinéma pour tous. Chacun y
est star. Ler projecteurs cherchent les stars... pendant quelques secondes
(Digression sur Andy Warhol : "Every body will be a star for 15 minutes"
; les stars que le projecteur découvre et abandonne...) |
| Ralf
Hütter: Tu parlais du double. Nous comprenons
cela. Nous sommes nés biologiquement d'un instant de hasard, ou d'un instant
de joie d'après guerre. Mais nous avons fait naissance en nous même. Nous
avons un double interne. |
| Florian
Schneider: En Allemand, il y a une expression:
marcher à côté de soi-même. Cela veut dire qu'on est absent et conscient
de l'être. |
| Ralf
Hütter: L'image est ici, et la caméra est
là. |
| Rock&Folk:
Vous écoutez de la Diskö? |
| Ralf
Hütter: Oui, de la Diskö métallique. |
| Rock&Folk:
Que pensez-vous de Giorgio Moroder ? "From Here To
Eternity", c'est assez proche de vous... |
| Florian
Schneider: Oui. En Allemagne, il y a des gens
qui m'ont demandé si c'était notre nouveau disque. J'était très étonné de
ne pas l'avoir entendu. |
| Ralf
Hütter: La Diskö est une institution sociale.
C'est un living-room public. Surtout en Allemagne. Nous sortons uniquement
dans des discothèques. Le disque est une énergie vivante, une énergie pour
les êtres de la ville. |
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Interview
to Yves Adrien
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