Rock&Folk Magazine - Ralf and Florian - June 1978
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Rock&Folk: Parlons de "Man Machine": L'homme de "Man Machine" est-il soumis à la machine?
Florian Schneider: Je ne crois pas. C'est plutôt une relation d'un degré plus perfectionné. Il y a interaction. Extension réciproque. La machine aide l'homme, et l'homme admire la machine. Voilà le prolongement de ton cerveau. Il t'aide à ne pas oublier. C'est le troisième homme à cette table (silence). Nous, nous aimons nos machines. Nous entretenons une relation érotique avec elles...
Rock&Folk: Oui. Il y a eu trois stades: l'homme et la femme, l'homme et l'héroïne, l'homme et la machine...
Florian Schneider: Nous parlions de l'Homme machine. Nous venions juste de commencer.
Rock&Folk: Il est difficile de parler. Les pensées suffisent. Quand on s'est rencontrés au drugstore, cette nuit, on ne parlait pas, et pourtant on s'est dit beaucoup de choses.
Florian Schneider: Cela m'est arrivé hier soir avec D., les gens avec qui elle était me posaient des questions. Ils voulaient comprendre, et c'était tellement lent. On ne pouvait pas...
Rock&Folk: ...entrer en contact. Parler est une régression.
Ralf Hütter: Oui. En fait, c'est une tradition héritée de la Bible. Dans la Bible, le langage est considéré comme l'art le plus haut: "Au début était le verbe". Mais pour nous la bible c'est fini. Il y a des choses tellement plus rapides des choses électriques. Dans notre musique, les mots ne sont que des prétextes. Nous ne nous exprimons pas par eux.
Florian Schneider: Ce sont justes des panneaux de signalisation: à droite, à gauche.
Rock&Folk: Les mots sont un barrage au cerveau.
Ralf Hütter: Oui. Et tout cela est programmé par les écoles.
Rock&Folk: Les écoles nous apprennent à être lents...
Florian Schneider: Il faut peut-être inventer une langue synthétique.
Ralf Hütter: En allemand, pour décrire les situations, il y a ce concept du "film". C'est un concept quotidien: "J'ai rencontré Untel dans un film". Chacun a son "film".
Rock&Folk: Une chose dont je voulait parler, c'est l'existence du double. La forme de création moderne, pour moi, c'est d'inventer un double qu'on téléguide. Et ce double, recevant l'attention des médias, vous la restitue sur-multipliée. En fait, l'homme machine n'a pas d'ego.
Florian Schneider: L'homme machine a un supra-ego.
Ralf Hütter: Ce n'est plus le niveau "concentration individuelle". L'optique 19è siècle est révolue. Le mythe de l'artiste important a été surexploité. Cela ne correspond plus aux normes de la société moderne. Aujourd'hui, on travaille à la chaîne... (silence)
Rock&Folk: A Paris, cette semaine, c'est les collections: la semaine la plus superficielle de l'année. La superficialité efface beaucoup de choses. Elles permet d'avoir le cerveau vide, ce qui est la condition idéale pour créer...
Florian Schneider: Oui. Nous, on dit "blank tape" pour le cerveau. Une bande vierge, et un microphone dans chaque tympan. En musique, il faut développer un art d'écoute basé sur le vide.
Rock&Folk: Revenons à la superficialité, vous êtes à paris depuis deux jours, et vous êtes allés deux fois au Palace. Le Palace est le symbole de la superficialité. Vous semblez aimer cet endroit?
Ralf Hütter: Oui pour nous, c'est comme une Kermesse électronique. Etre seul dans la foule...
Florian Schneider: C'est un cinéma pour tous. Chacun y est star. Ler projecteurs cherchent les stars... pendant quelques secondes (Digression sur Andy Warhol : "Every body will be a star for 15 minutes" ; les stars que le projecteur découvre et abandonne...)
Ralf Hütter: Tu parlais du double. Nous comprenons cela. Nous sommes nés biologiquement d'un instant de hasard, ou d'un instant de joie d'après guerre. Mais nous avons fait naissance en nous même. Nous avons un double interne.
Florian Schneider: En Allemand, il y a une expression: marcher à côté de soi-même. Cela veut dire qu'on est absent et conscient de l'être.
Ralf Hütter: L'image est ici, et la caméra est là.
Rock&Folk: Vous écoutez de la Diskö?
Ralf Hütter: Oui, de la Diskö métallique.
Rock&Folk: Que pensez-vous de Giorgio Moroder ? "From Here To Eternity", c'est assez proche de vous...
Florian Schneider: Oui. En Allemagne, il y a des gens qui m'ont demandé si c'était notre nouveau disque. J'était très étonné de ne pas l'avoir entendu.
Ralf Hütter: La Diskö est une institution sociale. C'est un living-room public. Surtout en Allemagne. Nous sortons uniquement dans des discothèques. Le disque est une énergie vivante, une énergie pour les êtres de la ville.
Interview to Yves Adrien


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Updated: March 2, 2009