| Interview
réalisé près de la scène de la Brixton Academy, alors que les roadies installent
les machines sur scène, et que le tour manager est un pleine réflexion avec
le photographe, sur la manière de photographier les robots à l'effigie du
groupe, arrive alors Ralf Hütter. |
| Rock&Folk:
Non, il est hors de question de photographier les
quatre robots ensemble. Ce sont ces deux-là ou rien? |
| Ralf
Hütter: Peut être vous pouvez mettre les
quatre le long du mur, ce serait bien...oui? Nous étions en train de travailler
sur le nouvel album, "Electric Café". C'est à ce moment-là qu'est apparue
la musique digitale, alors que nous le finissions. Nous avons alors décidé
de réactualiser notre studio pour l'avenir, en écrivant de nouveaux programmes
et en créant avec un ingénieur les robots et les computer-graphics qui nous
servent sur scène, mais nous avons tout de même terminé "Electric Café"
en mélangeant analogique et digital, alors qur "The Mix" est entièrement
digital. Tout ça a pris tout ce temps, parce que nous avons l'idée fixe
de construire la machine idéale pour fonctionner parfaitement lors de nos
voyages dans les capitales du village global. Les robots sont tellement
plus patients que nous. Regardez, ils sont très accommodants, ils prennent
la pose sans faire d'histoires. Pourquoi devrions nous poser alors qu'ils
s'en acquittent aussi bien ? Et puis, nous sommes sur la scène le soir et
on n'arrête pas de nous photographier en concert, de toutes façons. On les
voyait comme ça. D'abord, l'idée était de faire des mannequins animés et
costumés. Mais nous étions tellement fascinés par la transparence de la
technologie et le côté minimal, juste les moteurs, que nous les avons laissés
comme ça, avec une tête achevée et un corps qui montre les organes mécaniques.
C'est l'illustration parfaite de l'idée de "Man-Machine". |
| Ralf
Hütter: (à propos de "The Mix") -
En principe, ce disque doit être considéré comme un live: il reproduit le
concert de cette tournée. Peut-être que lorsqu'elle sera terminée, nous
aurons rajouté quelques chansons. Nous jouons "The Model", qui ne figure
pas sur le disque. Peut-être que nous ferons "Neon Lights", "Man Machine"
ou "Les Mannequins", et qu'il y aura un "The Mix - Part 2", mais pas maintenant. |
| Ralf
Hütter: (à propos de l'organisation des
concerts, leur évolution) - Nous voulons garder une ligne, c'est notre
côté classique, mais c'est en même temps un spectacle ouvert: il y a de
nouvelles images. Et le studio que nous emportons sur scène est totalement
différent, il ne reste plus grand-chose de nos anciennes machines, peut-être
un ou deux petits claviers. |
| Ralf
Hütter: (à propos des "enfants de Kraftwerk"
venus ce week-end là applaudir ceux qui se sont penchés sur leur berceau
: Daniel Miller, Vince Clark, Depeche Mode, Nitzer Ebb au grand complet,
OMD, Human League, Heaven 17, Front 242, Yellow Magic Orchestra et Gary
Numan) - Nous en avons rencontré quelques-uns.
C'est très intéressant de voir un truc dont nous avons créé la version continentale,
européenne, allemande et de voir une version anglaise qui interprète notre
travail différemment, en accentuant le côté vocal, par exemple, ou en poussant
plus loin comme on le fait à Détroit ou Manchester. Nous avons joué à Détroit
en 81, mais nous n'avons pas rencontré Kevin Saunderson...Mais cette année,
nous rencontrerons sûrement tous ces gens qui se réclament de nous, comme
New Order à Manchester, avec qui nous avons passé une soirée après le concert. |
| Ralf
Hütter: (à propos du "show" pendant le
concert : Ralf en arrive à trouver le concert un peu "wilde") - Oui,
c'est plus une party qu'un concert, alors que la veille, c'était plus cinéma.
En principe, le show est identique partout, mais comme nous venons juste
de commencer, il y a de grandes chances que ça change. Peut-être même que
nous accentuerons davantage le côté visuel quelqu'un nous a dit récemment
que les graphiques fil de fer, pour "Music Non Stop" étaient modernes, mais
qu'ils évoquaient aussi des statues hiératiques, en marbre, classiques.
Il y a une simultanéité des époques, lorsqu'on mélange des images anciennes
et modernes. Les époques se télescopent et ce qui nous plaît beaucoup, c'est
de poser la question: "Où est le présent?". On a tellement vécu avec...
Notre modernité est cyclique. Telle que nous la voyons, c'est quelque chose
de détaché du temps, et elle est probablement plus moderne que quelque chose
qui à été créé en 91. |
| Rock&Folk:
La modernité était plus moderne dans les années cinquante-soixante? |
| Ralf
Hütter: Certaines choses, oui. Je trouve
que les années quatre-vingt dix sont beaucoup plus réactionnaires. Et musicalement,
aussi. Quand nous jouons "Autobahn", qui a été composé en 74, c'est encore
très moderne. |
| Ralf
Hütter: (à propos de l'absence d'intérêt
de Kraftwerk pour l'espace) - Nous sommes, très urbains, très européens...
Et puis les autres groupes allemands ont toujours été cosmiques. Nous nous
étions très industriels, à Düsseldorf, et l'espace, ça ne nous a jamais
intéressés: nous préférons regarder le quotidien. |
| Rock&Folk:
Quels domaines vous reste-t-il a explorer? |
| Ralf
Hütter: On verra pour le prochain album.
pour le moment, nous sommes en train d'assimiler des idées en voyageant.
Nous sommes fascinés par le mouvement, les trains, les autos, le Tour de
France, la musique en mouvement ("The Mix"), les cités, ce sera sûrement
très inspiré par le voyage ou les réseaux qui quadrillent la planète. |
| Ralf
Hütter: (à propos de Conrad Schnitzler)
- Nous n'avons jamais travaillé avec lui, mais nous avons fait des jams
sessions ensemble, il y a longtemps. Nous n'avions pas tellement de relations
avec les autres groupes. L'Allemagne, c'est différent de la France: il n'y
a pas de centre, comme Paris l'est pour la France. Düsseldorf est un centre
industriel, Cologne ou Berlin ont chacune une scène différente. |
| Ralf
Hütter: (à propos des centaines de bandes
inédites dont serait rempli le Kling Klang Studio) - Pas rempli, mais
il y a quelques bandes... Nous n'avons jamais beaucoup enregistré, c'est
plutôt dans la tête. Nous avons très peu d'archives. Tout ce qui nous sert
pour travailler est stocké dans des programmes d'ordinateur, mais il y a
très peu de produits finis. Quand nous avons fait "Electric Café", qui devait
s'appeler "Technopop", nous n'avons pas fait comme un chanteur qui inspecte
ces cassettes et qui choisit ce qu'il va mettre sur l'album. Mais nous avons
beaucoup de programmes dans nos ordinateurs et nous les activons lorsque
c'est nécessaire. Quant au Kling Klang, nous y allons tous les jours, comme
on va au bureau. C'est comme un laboratoire. Nous y sommes surtout la nuit.u |
| Rock&Folk:
Vous sortez toujours autant? |
| Ralf
Hütter: Oui de temps en temps; Le weekend
dans les clubs techno à Francfort et Dortmund. A Düsseldorf, il n'y a pas
grand chose. Comme ça, on a le temps de faire de la musique. |
| Rock&Folk:
On vous reconnaît, quand vous allez quelque part? |
| Ralf
Hütter: Non. c'est très calme, en Allemagne,
de ce point de vue là. Il y en a qui font des films, d'autres travaillent
dans la mode... Il n'y a pas de hiérarchie dans la célébrité. C'est très
moderne ! Lorsque j'ai rencontré Florian, j'était étudiant en architecture
et lui étudiait la musique. A l'époque, il y avait très peu de choses à
Düsseldorf et il était inévitable que deux personnes qui s'y intéressent
aient fini par se rencontrer. A Londres, mille personnes font de la musique.
Düsseldorf est le dernier endroit où on imaginerait que quelque chose puisse
arriver. C'est pratiquement nous qui l'avons mis sur la carte musicale du
monde disons que nous nous répartissons les tâches. Florian préfère s'occuper
du hardware, des programmes et des machines et moi, je m'occupe du software:
écrire les paroles et faire les interviews. Au début, il venait avec moi
aux interviews et c'était toujours moi qui parlais. |
| Ralf
Hütter: (à propos de l'"Autobahn", qui
fait le tour de la ville de Düsseldorf) - Nous la prenons toujours pour
écouter nos nouvelles bandes dans un environnement différent. Nous prenons
des cassettes et nous faisons le tour de la Ruhr en voiture. |
| Rock&Folk:
Ça n'a pas changé? |
| Ralf
Hütter: Non, non! C'est le meilleur test,
l'autoroute! Je suis très voiture et très train. Je n'aime pas tellement
prendre l'avion, mais c'est parfois une nécessité. Heureusement, aujourd'hui
il y a les fax et la communication digitale. On peut envoyer des disquettes
ou des disques durs avec notre musique et on peut échanger des bandes sans
avoir à se déplacer. Plus besoin d'aller dans un studio particulier pour
enregistrer: on envoie les sons et on attend. |
| Rock&Folk:
Vous faîtes des remix pour d'autres gens? |
| Ralf
Hütter: On nous a demandé, mais nous avions
tellement de retard dans notre propre travail que nous n'avons jamais eut
le temps. Et nous ne voulons pas nous disperser. peut-être que lorsque le
projet krfatwerk sera achevé, nous pourrons nous dire : "Tiens, qu'est-ce
qu'on pourrait bien faire aujourd'hui? Et si on remixait untel?" En revanche,
OMD a fait une version de "Neon Lights" avec des ingénieurs que nous connaissons.
Et le prochain simple "Radioactivity", sera remixé par William Orbit. Nous
ferons peut-être aussi "Pocket Calculator". |
| Rock&Folk:
Justement, la légende veut aussi que Kraftwerk ait
enregistré, à part "Dentaku", d'autres chansons en japonais. C'est vrai? |
| Ralf
Hütter: Non jamais, e, revanche, un groupe
japonais a repris "The Model". |
| Rock&Folk:
Vous rendez-vous compte que vous avez créé la musique
moderne? |
| Ralf
Hütter: Je préfère ne pas trop y penser.
Je préfère juste continuer. Moi, j'ai l'impression qu'on est juste en train
de commencer. Quelqu'un en Allemagne m'avait un jour proposé d'arrêter,
parce que les disques étaient déjà tellement bien. Je lui ai répondu que
je ne voulait pas suicider Kraftwerk juste pour satisfaire une construction
de l'esprit. Nous on continue, c'est notre travail. Pour moi, Kraftwerk
est loin d'être une oeuvre complète. C'est un truc vraiment organique, un
work-in-progress. |
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Interview
to Pascal Raciquot-Loubet
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