| D-Side:
D'où vous vient cette passion pour le Tour de France? |
| Ralf
Hütter: Cela fait trente ans que nous faisons
du cyclotourisme en faisant les étapes du Tour de France avec un matériel
évidemment moins sophistiqué que les coureurs du Tour. On fait des parcours
de santé (rires). On fait plusieurs fois les grandes étapes du Tour dans
leur intégralité ainsi que celles de montagne comme les Alpes ou les Pyrénées
avec les montées de l'Alpe d'Huez, le Col de la Madeleine, le Mont Ventoux... |
| D-Side:
"On", c'est vous et Florian Schneider? |
| Ralf
Hütter: Oui, ainsi que nos deux collègues,
Henning Schmitz et Fritz Hilpert qui est très fort en montagne car il est
très léger (rire). Mais cette année, on a fait moins d'étapes que d'habitude
à cause de la tournée au Japon et en Australie en janvier-février et du
travail que l'on a dû fournir par la suite pour terminer le single et l'album.
On n'a pu rouler que le weekend pour garder la forme. Et puis parfois, l'un
d'entre nous est indisponible. Il nous arrive d'ailleurs aussi de rouler
en solo, c'est ça la liberté du vélo. Ou roule en "camarade et amitié",
on roule tout seul pour s'entraîner, pour se libérer la tête... Il faut
dire qu'on travaille dans un monde très synthétique dans le studio Kling
Klang. Alors pour prendre de l'air, du soleil et du vent, le vélo c'est
toujours fantastique. |
| D-Side:
Et cette activité nourrit évidemment votre musique... |
| Ralf
Hütter: Oui. Pour nous il y a un esprit parallèle
entre musique et vélo. La vitesse, la liberté artistique, l'équilibre, rouler
devant sans regarder en arrière, une certaine liberté d'esprit, être en
forme, la perfection technologique et technique, l'aérodynamique... Il y
a énormément de points communs entre les deux et cela correspond bien au
concept de Kraftwerk et de l'homme-machine... Tu retrouves donc tout cela
dans les paroles du disque. |
| D-Side:
Et vous allez jusqu'à reproduire le souffle et le
battement du coeur do coureur sur "Elektro Kardiogramm"... |
| Ralf
Hütter: Oui. C'est mon souffle et le battement
de mon coeur enregistrés lors d'un test médical après un entraînement de
forme et retravaillés musicalement. On était suivis durant notre "Tour"
par une équipe de médecine sportive de l'Allemagne de l'Est pour nous empêcher
de faire n'importe quoi et nous garder en forme. |
| D-Side:
Vous faites référence à cet "entraînement de forme"
dans le titre "La Forme"... |
| Ralf
Hütter: Oui, c'est ça! |
| D-Side:
Dans ce morceau, on a aussi le sentiment que vous
illustrez musicalement, notamment sur le plan du rythme, une étape de montagne... |
| Ralf
Hütter: Oui, c'est un peu ça aussi. L'esprit
des paysages, la liberté, ça monte et ça descend, l'esprit musique et vélo... |
|
D-Side: L'album
"Tour de France Soundtracks" est conçu comme une succession d'étapes...
|
| Ralf
Hütter: Oui, c'est comme une musique de film,
le "soundtrack" du Tour de France. On avait fait ça il y a vingt ans avec
le titre "Tour de France", une vision pour un single... "Les Aples, les
Pyrénées, dernière étape Champs-Elysées, le sprint final à l'arrivée, en
danseuse husqu'au sommet"... On avait "le plan" de faire l'album mais ça
ne s'est pas réalisé à cette période-là. Comme l'idée était toujours dans
ma tête, on a eu envie de le faire maintenant que l'on tourne dans le monde
entier. Notre musique est aujourd'hui plus "mobile", on a fait récemment
tous les continents, l'Amérique du Sud, l'Australie de nouveau, le Japon...
Le côté mobilité de notre musique qui est proche de l'esprit du vélo, de
la mobilité de l'homme, nous a donné envie de faire ce "soundtrack" du Tour
de France en illustrant différents aspects tels que la transmission télé,
l'image électronique, le côté santé avec "Elektro Kardiogramm", le côté
"La Forme", le côté matériel technique... Je ne sais pas si vous êtes au
courant, le Tour de France nous a invités sur l'étape de l'Alpe d'Huez,
nous sommes venus par hélicoptère dans la course pour rejoindre les fabuleux
Gilbert Duclos-Lassale qui était notre "capitaine de route" dans une voiture
accompagnatrice et qui nous a permis de vivre la course de l'intérieur.
C'était fantastique. On avait fait la même chose pour des courses en Hollande
ou en Belgique, mais c'était la première fois que l'on pouvait vivre le
Tour de France de l'intérieur. |
| D-Side:
Vous avez pu rencontrer vos héros... |
| Ralf
Hütter: Oui. Pour en revenir au concept de
l'homme-machine, dans la presse allemande on parle d'Ulrich comme d'un homme-machine,
d'un "Kraftwerk" en route, c'est-à-dire d'un homme-machine alliant élégance,
aérodynamisme et technologie. On est flatté, d'autant qu'Ulrich a le sens
de la camaraderie et de l'amitié. Il a l'esprit sportif, in n'attaque pas
l'adversaire "en panne"... |
| D-Side:
C'est votre favori pour ce Tour? |
| Ralf
Hütter: Oui, mais que le meilleur gagne (rires).
L'esprit sportif, c'est ça. Que le meilleur gagne à la pédale. |
| D-Side:
Cet esprit règne évidemment au sein de Kraftwerk.
Est-ce à dire que vous composez tour les quatre ou est-ce plutôt vous et
Florian? |
| Ralf
Hütter: Il n'y a pas de principe, vraiment.
Quelqu'un a une idée, il propose... On échange des idées comme cela depuis
trente-trois ans et ça fonctionne très bien. Et les idées viennent en faisant
du vélo, en se baladant dans la ville comme pour "Neon Lights", en travaillant
sur les ordinateurs comme pour "Computer World" ou "Computer Love" ou avec
des "mini calculateurs"... Autobahn, c'était des milliers de kilomètres
à travers l'Allemagne en tant que groupe dans les anées 70, avec ma petite
Volkswagen... C'était d'un "romanticisme" réel. Toujours avec Kraftwerk,
c'est vision, technologie, "romanticisme", mental et sensibilité. |
| D-Side:
Et ces idées, vous les enregistrez sur bende ou mentalement? |
| Ralf
Hütter: Ah non, mentalement! Les oreilles
sont des microphones (rires). On en retient des mots clés, desc concepts.
Aujord'hui, c'est l'album du film du Tour de France, un film vivant qui
change chaque année, un peu comme la musique. C'est enregistré, mais on
est aussi un groupe live, on est plus mobile qu'avant avec les petits ordinateurs.
On peut joeur et composer de la musique de Kraftwerk partout dans le monde.
Avant, les tournées étaient beaucoup plus musclées, lourdes et risquées.
On avait un matériel énorme et on ne pouvait pourtant pas présenter notre
musique complètement live, avec la même qualité que sur le disque. Aujours'hui,
c'est un rêve. |
| D-Side:
Et vous jouez réellement... |
| Ralf
Hütter: Oui. On a accès à tous les programmes
sur scène avec nos ordinateurs. On peut changer les paramètres, la longueur
et la séquence des morceaux. |
| D-Side:
L'improvisation est possible? |
| Ralf
Hütter: Certainement, oui. Elle est possible
dans le morceaux, dans le son et le "build-up", beaucoup plus qu'avant d'ailleurs.
|
| D-Side:
Vous aviez joué de nouveaux morceaux lors de vos concerts
à La Villette (à la Cité de la Musique les 25 et 26 septembre 2002) à Paris,
au Japon et ailleurs récemment? |
| Ralf
Hütter: On atesté des morceaux, des passages,
des bases rythmiques, surtout en Australie et en Nouvelle-Zélande en février.
Mais sans les paroles de "Tour de France Soundtracks". |
| D-Side:
Et a l'heure actuelle, vous travaillez sur une nouvelle
tournée? |
| Ralf
Hütter: Oui et on développe de nouvelles
images, des graphismes, lettrages et autres programmes. Kraftwerk, c'est
vraiment un truc vivant. La tournée devrait commencer à l'automne. |
| D-Side:
Et vous prévoyez déjà un nouvel album? |
| Ralf
Hütter: Oui. On a déjà des morceaux et des
nouveaux concepts pour un prochain album. C'est "beaucoup travail" dans
Kling Kland studio, notre laboratoire. Il afut mixer les liquides chimiques... |
| D-Side:
Vous pouvez déjà nous parler du prochain album? |
| Ralf
Hütter: Non, pas maintenant. Ce serait...
On vient juste de terminer l'album du Tour de France, il y a quelques nuits.
C'était "beaucoup beaucoup travail", juste "un peu repos dans la tête" avant
de reprendre sur de nouveaux concepts. |
| D-Side:
Qui a réalisé la pochette de "Tour de France Soundtracks"? |
| Ralf
Hütter: C'est d'après un dessin que j'avais
réalisé en 1983. Le quatuor qui roule (rires). |
| D-Side:
Va-t-on revoir les robots sur scène? |
| Ralf
Hütter: Oui. Ils ont tellement de patience,
surtout avec les photographes. Pendant la dernière tournée, ils étaient
coincés à la Cité de la Musique pour l'exposition "Electric Body". C'était
très bien. Kraftwerk était alors actif en plusieurs "locations" en même
temps. L'exposition est terminée, ils sont donc rentrés chez nous, au studio.
On va les nettoyer et faire des petites réparations avant de les emmener
de temps en temps avec nous. Mais pas tout le temps. |
| D-Side:
Votre musique est très dansante et le public est paradoxalement
plutôt statique pendant les concerts, non? |
| Ralf
Hütter: Oui, ça dépend. A Detroit, c'était
plutôt elctro-dance, au Japon très techno-dance. Dans les grands festivals
rock d'Australie, ça bouge beaucoup. Mais comme c'est très visuel, les gens
sont concentrés, ils suivent un spectacle multimédia. Mais parfois, ça danse.
En Suède, ils ont chanté toutes les paroles très très fort et on a dû forcer
le volume car le public était plus fort que nous (rires). Des fois, c'est
vraiment contemplatif, des fois c'est plutôt "club". |
| D-Side:
Et vous-mêmes êtes très statiques sur scène... |
| Ralf
Hütter: Oui. Nous nous devons d'être très
concentrés sur scène pour ne pas rater certains paramètres, on doit toucher
des boutons très sensibles. |
| D-Side:
Mais cela fait aussi partie de votre image... |
| Ralf
Hütter: C'est dans notre nature de studio
d'être concentré. La musique se passe surtout du côté des oreilles et on
doit se concentrer sur le son, avoir une sensibilité "chirurgienne" pour
ne rien rater. |
| D-Side:
Et cette façon de mettre votre main près de la bouche
quand vous chantez, cela a aussi un rapport avec la technologie et la concentration? |
| Ralf
Hütter: Oui. C'est pour faire "chambre" de
résonance entre la bouche et la main. Et je ne chante pas très fort, c'est
plutôt du "sprech-gesang", di chant paslé ou du chant synthétique. Il ne
faut pas crier et la résonance est de ce fait très importante. La voix humaine
mêlée à la voix des robots est un concept très important chez Kraftwerk. |
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Interview
to Yannick Blay
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