| Chicago
Sun Times: J'ai cru comprendre que l'album est
numéro 1 en Allemagne. Félicitations. |
| Ralf
Hütter: Oui, c'est amusant. Au tour de France,
on appelle cela :le maillot jaune. |
| Chicago
Sun Times: Et vous n'allez pas tomber de la bicyclette! |
| Ralf
Hütter: (rires) Non, comme vous devez le
savoir, nous pratiquons beaucoup pour garder la forme. |
| Chicago
Sun Times: Je sais que vous êtes un inconditionnel
du cyclisme. Je suis curieux de connaître les connections entre le nouvel
album et le titre original "Tour de France" de 1983. Qu'est-ce qui vous
a poussé à y revenir pour trouver l'inspiration? |
| Ralf
Hütter: Il y a 20 ans de cela, en 1983, mon
ami Florian Schneider et moi même avions le script complet pour cet album.
Le concept était là, et nous commencions à travailler dessus. Nous avons
terminé le single, puis nous nous sommes tournés vers d'autres projets.
Après tout ce temps, le script était toujours là, comme s'il était resté
en sommeil, mais nous sommes effectivement partis vers d'autres projets.
Puis l'année dernière, tout ceci a resurgi lorsque nous avons effectué nos
concerts à Paris, pour la première fois avec le tout nouveau Kraftwerk mis
à jour. |
| Chicago
Sun Times: J'ai vu Kraftwerk, ici, au Riviera
Théâtre il y a quelques années, et c'était la plus étonnante performance
que j'ai été amené à voir. Qu'est-ce qui a changé? |
| Ralf
Hütter: C'était en 1998, lorsque nous avons
transporté le Kling Klang Studio. C'était une infrastructure pour concert
très lourde. Nous avions tout transposé au format numérique, mais il restait
tout de même une partie analogique. Maintenant tout est concentré dans nos
laptops. |
| Chicago
Sun Times: Wow, cela signifie que le transport
est plus facile maintenant. |
| Ralf
Hütter: Oui, nous avons utilisé cette configuration
pour la toute première fois à la cité de la Musique de Paris. Nous avons
également utilisé des projections d'images sur des écrans, le tout en synchronisation
parfaite avec la musique, puis l'idée du Tour de France a resurgi avec le
centenaire de la course. C'est aussi le 33ème anniversaire de Kraftwerk
(rires). Nous avons donc commencé à travailler là-dessus. Puis durant l'hiver,
nous sommes partis en tournée au Japon et en Australie. Enfin, nous venons
juste de terminer l'album. |
| Chicago
Sun Times: Doit-on approcher ces nouvelles compositions
qui évoquent le cyclisme de la même manière qu'"Autobhan" et son évocation
des autoroutes, ou "Trans Europe Express" et le chemin de fer? |
| Ralf
Hütter: Oui, c'est possible, étant donné
la manière dont le script est construit, mais il y a aussi d'autres approches
possibles. Fondamentalement, le son ne s'apparente à rien du tout (silence).
Si vous roulez bien et que votre vélo fonctionne bien, vous n'entendez ni
le bruit de la chaîne, ni celui des roues, ni votre propre bruit, si vous
êtes en bonne forme : tout se passe en douceur. C'est l'une des raisons
pour laquelle nous aimons tant le cyclisme : sortir du studio et oublier
les sons musicaux. Le silence complet nous apporte de l'espace pour la concentration
et l'imagination. En travaillant sur cet album, nous avons essayé d'incorporer
ces sensations de douceur, de glisse, de roulement. Tel est le son du nouvel
album. |
| Chicago
Sun Times: Vous pouvez également sentir le vent
sur votre visage. |
| Ralf
Hütter: Oui! Le souffle et quelque chose
comme un bourdonnement, un ronflement. En Allemagne, cela s'appelle "fleischentonal",
espace, ambiances sonores, bruits très ouverts et larges. Nous avons essayé
de travailler dans cet esprit. |
| Chicago
Sun Times: Les voix ont évolué sur cet album.
Elles subissent plus de transformations... |
| Ralf
Hütter: J'ai toujours eu l'habitude de faire
la voix, la voix humaine, le discours, en Allemand, cela s'appelle "sprechsingen".
Je ne connais pas le mot anglais, c'est comme une forme de Rap. cela a commencé
avec Autobahn "Fahr'n, fahr'n, fahr'n on der Autobahn", puis avec "Trans
Europe Express", et enfin avec l'incorporation de différentes voix électroniques,
synthétiques. Mon ami Florian est bien évidemment un grand spécialiste pour
créer le chant à l'aide de machines. Certaines machines ont été créées spécialement
pour lui. Il est également très doué pour obliger les ingénieurs des sociétés
d'informatique à travailler durant de longues nuits pour développer des
systèmes de synthèse vocale. Ainsi, nous employons beaucoup de voix synthétiques
avec toutes sortes d'intonations. |
| Chicago
Sun Times: J'ai oublié votre voix, mais j'aime
la façon dont vous chantez. |
| Ralf
Hütter: Oui, mais je ne suis pas inactif
sur "Tour de France". Sur "Elektro Kardiogramm", la voix provient d'un ordinateur
que je déclenche. Sur "Titanium", c'est davantage mon discours. |
| Chicago
Sun Times: Vous avez mentionné le rôle de Florian
dans le développement de l'électronique. Vous travaillez ensemble depuis
1968. Qu'y-a-t-il de si spécial dans cette collaboration? |
| Ralf
Hütter: Bon, c'est comme un mariage électronique
(rires), M. Kling et M. Klang, c'est la stéréo, cela donne à notre musique
toute sa dimension. Yin Yang, Kling Klang. |
| Chicago
Sun Times: uVous ne pouvez donc pas imaginer un
album de Kraftwerk sans Florian? |
| Ralf
Hütter: Non, non ce n'est pas possible. Kraftwerk
est conçu ainsi, c'est la stéréo. Henning Schmitz travaille également avec
nous depuis 20 ans. Il vient en tournée avec nous et travaille comme ingénieur
musical en studio depuis que nous avons débuté le concept de Tour de France
en 1982 ou 1983. Nous avons également une relation sur le long terme avec
notre ingénieur informaticien Fritz Hilpert. Il s'est occupé de notre équipement
pour la scène, ce que vous avez pu voir à Chicago. |
| Chicago
Sun Times: Oui, mais vos fans, ne perçoivent pas
votre groupe actuel de la même manière que celui qui était composé des percussionnistes
Wolfgang Flür et Karl Bartos. Peut-être, parce que le nouveau groupe
a produit moins de musique au cours de ces vingt dernières années. |
| Ralf
Hütter: Oui, nous avons passé beaucoup de
temps à numériser le catalogue des 33 ans d'histoire de Kraftwerk. Mais
maintenant, nous sommes prêts et tout fonctionne. Je me rappelle un jour
à Tokyo, nous jouions dans une salle gigantesque et il n'y avait aucune
source de chaleur, il devait faire 3 degrés Celsius, mais tout fonctionnait
parfaitement. A Melbourne, en Australie, il faisait environ 50 degrés, et
là aussi tout fonctionnait parfaitement. |
| Chicago
Sun Times: J'ai également eu l'occasion de jouer
du Mini-Moog, et ce qui est stupéfiant, c'est la capacité qu'à l'instrument
d'étonner celui qui s'en sert. Ces vieux synthétiseurs analogiques ne vous
manquent-ils pas? |
| Ralf
Hütter: Oui, nous les avons utilisés également!
Tous les instruments qui nous ont servi pour Kraftwerk, sont disposés au
quatre coin de notre studio, disponibles et en état de marche. Nous les
utilisons encore lorsque cela est artistiquement approprié. Nous travaillons
sur le son de la bicyclette, sur le son de cœur humain, le souffle. |
| Chicago
Sun Times: J'ai toujours été curieux au sujet
des racines de Kraftwerk, en pleine explosion psychédélique de la fin des
années 60. Kraftwerk a pris part à ce que l'on appelle le mouvement "Krautrock",
les groupes psychédéliques allemands qui utilisaient le studio comme instrument
de musique, pour créer des compositions qui n'existaient alors, que dans
l'imaginaire des auditeurs. |
| Ralf
Hütter: Je n'ai jamais employé ce terme Krautrock,
le mot a été inventé par la presse anglaise et n'a jamais été utilisé en
Allemagne. En Allemagne, on parlait de "Kosmische Musik". La musique de
Kraftwerk s'apparentait plus, au bruit industriel de la région Rhein-Ruhr.
Imaginez qu'à la fin des années 60, nous n'avions pas la possibilité de
nous produire sur scène. Nous avons donc été naturellement attirés par le
monde de l'art, les happenings ou nous utilisions les projections d'images,
de lumières et autres effets. Le but était la combinaison et la fusion de
tous les arts, le mot allemand est "Gesamtkunst". Depuis les débuts de Kraftwerk,
l'imagination et la stimulation ne nous ont jamais quittés. Nous avons créé
des visuels, de petites bandes dessinées, nous avons préparé des projections,
nous avons travaillé sur les lumières, les harmonies, nous construisons
les blocs qui reçoivent les enceintes. Tout ce qui compose Kraftwerk est
une partie de notre création. |
| Chicago
Sun Times: Cela demande-t-il beaucoup d'effort
de créer une entité complète, un monde si singulier? |
| Ralf
Hütter: Oui! Et je pense que rien n'a réellement
changé aujourd'hui. Nous avons plus d'outils, bien sûr, avec l'infographie
et la synchronisation. L'équipement s'est développé dans les bonnes directions,
ainsi nous sommes très, très heureux. C'est toujours amusant d'obtenir de
nouveaux jouets, mais nous gardons également certaines vieilleries, nous
aimons particulièrement accorder les moteurs, les oscillateurs et trouver
les mouvements robotiques. Les bruits sont alors générés par l'ordinateur. |
| Chicago
Sun Times: Quand vous avez exécuté "Pocket Calculator"
vers la fin du concert dont je vous parlais à Chicago, vous êtes venus danser
au devant de la scène et Florian souriait largement. L'image de Kraftwerk
a toujours été très austère, mais je veux bien être damné si vous n'éprouviez
pas réellement du plaisir à ce moment. |
| Ralf
Hütter: Bien sûr, nous appelons cela l'humour
noir. Il y a toujours une partie d'humour en toute chose. Mais en parallèle,
nous pouvons faire notre travail sérieusement et juste esquisser un petit
sourire. |
| Chicago
Sun Times: Eprouvez-vous toujours le même plaisir
à jouer de la musique que lorsque vous aviez 20 ans? |
| Ralf
Hütter: Absolument, absolument! (rires) Nos
concerts à Chicago ou à Detroit ont été de grandes expériences, vraiment
stupéfiantes. Particulièrement vis-à-vis du contexte culturel de Chicago
avec la House musique et à Detroit avec la Techno. C'était comme un rêve. |
| Chicago
Sun Times: Pour une génération entière de jeunes
musiciens électroniques, Kraftwerk demeure plus influent que les Beatles.
Est-ce un lourd fardeau à porter? |
| Ralf
Hütter: Non, pas vraiment, ils nous donnent
toute l'énergie et l'encouragement pour continuer à aller de l'avant. Nous
avons commencé à la fin des années 60, mais nous regardons toujours vers
l'avenir. Quand nous voyons parmi notre public, des jeunes gens accrocs
d'ordinateur, des professeurs d'électronique ou de physique à l'université,
nous sommes très, très heureux. |
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Interview
to Jim Derogatis
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| Translation
to french by
Kraftwerk
On Line - France |
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