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Rock&Folk - "Tour de France" c'est
du combientième degré? |
| Ralf
Hütter - Premier, c'est autobiographique.
Nous faisons beaucoup de vélo. Nous avons même obtenu le brevet des Alpes
Françaises en franchissant le Galibier et le Tourmalet... |
| Rock&Folk
- Mais alors, c'est le concept du nouvel album? |
| Ralf
Hütter - Oui, mais pas seulement le Tour.
C'est l'activisme physique qui nous intéresse: après une période d'intellectualisme
pur, nous revenons au corps. |
| Rock&Folk
- Body-building? Gestalttherapie? |
| Ralf
Hütter - Non, plutôt la self-détermination,
la liberté: l'homme-machine devient machine roulante. Le vélo réalise l'osmose
parfaite de l'homme et de la machine. "Tour de France", c'est le symbole
de cette osmose: l'homme avance par lui-même, sans avoir recour à d'autres
formes d'énergie que celles de son corps, ses muscles. C'est une forme d'écologie.
Nous avons beaucoup travaillé le côté machine musicale, pensante. Il fallait
voir le côté physique: redevenir soi-même, rester en forme, s'entrainer. |
| Rock&Folk
- Quatre ans pour faire un disque, c'est un peu long... Qu'est-ce que vous
faites pendant tout ce temps? Du vélo? |
| Ralf
Hütter - Nous travaillons quotidiennement
dans notre Kling Klang Studio. C'est plus notre living-room qu'un studio
normal où l'on viendrait enregistrer un album composé ailleurs. Nous l'avons
entièrement construit, pièce par pièce. Nous y répétons en permanence. Les
disques sortent quand ils sont prêts, pas avant. La sortie du prochain est
imminente, mais il reste quelques détails à régler. C'est un album très
dansant et très vivant. |
| Rock&Folk
- Etes-vous conscient d'avoir été à l'origine d'un mouvement after-punk,
techno-pop qui influence beaucoup la musique actuelle? |
| Ralf
Hütter - Quand nous avons commencé, tout
le monde nous prenait pour des fous, y compris nos amis. Les synthétiseurs,
Düsseldorf, l'Allemagne, tout ça paraissait tellement éloigné du rock...
Nous étions extrêmement isolés du monde, nous travaillions de façon amateuristite
avec un petit Revox deux pistes: rien à voir avec les limousines, les studios
Dolby et les palaces, l'univers-cliché du rock. Jamais nous n'aurions pensé
qu'un jour on nous demanderait de juger de notre influence sur l'évolution
musicale. |
| Rock&Folk
- Croyez-vous à une mondialisation de la musique où l'on prendrait des éléments
dans chaque culture pour aboutir à une musique universelle? |
| Ralf
Hütter - Le langage électronique est universel,
c'est cela, la musique mondiale: nous l'avons testé avec notre dernière
tournée. Nous avons été confrontés à des cultures très différentes (Inde,
Japon, Australie) qui réagissent toutes positivement au langage synthétique. |
| Rock&Folk
- Pourtant, il a des racines européennes. N'y a-t-il pas une recherche d'identité
à travers vos compositions et votre look? |
| Ralf
Hütter - Si, Nous sommes la première génération
d'après-guerre. La culture germanique n'existait plus et notre génération
n'avait plus pous identité que celle des siécles passés: le romantisme,
les grands compositeurs... Tout ça n'avait plus rien à voir avec la réalité
de notre vie quotidienne. Enfants, nous vivions dans le British Sector.
Je revoir les GI's qui passaient et nous lançaient des chewing-gums, les
premières coitures Coca-Cola... Nous avons tenté de trouver une identité
moderne et européenne, celle de la vie quotidienne: l'autoroute, le train,
les computers... |
| Rock&Folk
- C'est reussi: on utilise vos morceaux en hôpital psychiatrique pour ramener
les exaltés à la réalité... |
| Ralf
Hütter - C'est une bonne thérapie. Nous l'exerçons
aussi sur nous-mêmes... Je ne serais pas celui que je suis sans mon travail
de musique. C'est une forme de self thérapie... |
| Rock&Folk
- Là, vous faites me même travail que les Ramones ("I wanna be sedated",
"Psychoterapy", "Go Mental"). C'est votre équivalent US? |
| Ralf
Hütter - Par leur côté simpliste, minimal,
direct, sans aucun doute oui. |
| Rock&Folk
- C'est cet aspect minimal qui plait tant aux enfants dans votre musique
(on utilise le morceaux de Kraftwerk dans des jardins d'enfants)? |
| Ralf
Hütter - C'est parce que nous sommes aussi
des enfants. L'homme a un certain âge fixé sur son passeport, mais c'est
juste un nombre, une convention. Tout le reste est fluctuel, change de minute
en minute. |
| Rock&Folk
- Comment aboutissez-vous à un produit populaire en travaillant de façon
expérimentale? Les compositeurs américains de musique répétitive vendent
très peu, et vous, vous faites des tubes... |
| Ralf
Hütter - Nous entrons dans un système de
communication: la musique part de nous et revient vers nous, c'est le cercle
de la communication. L'important est de savoir s'ouvrir au monde extérieur,
de ne pas le négliger. |
| Rock&Folk
- Utilisez-vous des fréquences subsoniques ou des ondes Alpha? |
| Ralf
Hütter - Pas pour l'instant. Nous nous efforçons
de jouer sur des fréquences communicatives, ouvertes, entre 20 et 20.000
hertz. Des fréquences perceptibles consciemment. |
| Rock&Folk
- Vous parlez souvent de vie quotidienne. Quelle est la vôtre? Racontez-moi
une journée des Kraftwerk. |
| Ralf
Hütter - On se lève, on se lave les dents,
on enfile nos uniformes, on fait de la musique, du vélo et, le soir, nous
allons danser dans les clubs. Nous sommes des fanatiques de la danse mé
canique. C'est d'ailleurs le seul moment où nous écoutons une autre musique
que celle que nous componsons. |
| Rock&Folk
- Comment? Vous n'écoutez jamais de disques? Pas même de classique? |
| Ralf
Hütter - Très peu. C'est comme une photographie,
le classique: figé pour l'éternité. C'est correct, mais ça n'a rien à voir
avec notre époque. |
| Rock&Folk
- Pourtant, sur "trans Europe Express" il y a un morceau intitulé "Franz
Schubert" d'une cronstruction assez surprenante chez vous... |
| Ralf
Hütter - C'est une impersonnalisation. Nous
répétions un soir sur nos computers lorsque Franz Schubert est venu nous
visiter dans le computers: nous n'avions pas prévu de grandes choses, ce
soir-là, et quand nus avons écouté notre travail, nous nous sommes rendu
compte que Franz Schubert était "venu nous dire bonjour" par son mélodisme,
un certain romantisme similaire à ses oeuvres. |
| Rock&Folk
- Si vous n'écoutez pas de musique, vous lisez? |
| Ralf
Hütter - Nous ne croyons pas tellement au
mot écrit. C'est trop lent. Et puis on a l'impression que tout ce qui est
écrit devient mensonge. |
| Rock&Folk
- C'est pour ça que vos textes sont si directs, si simples? |
| Ralf
Hütter - Oui, le moins de mots possible mais
un maximum de sons, de bruitages, de musique. |
| Rock&Folk
- Entre Freud et Fréderic II, qui préférez-vous? |
| Ralf
Hütter - Je ne connais que Sigmund Freud,
il a inventé la psychologie moderne: n'est-ce-pas ce que nous sommes en
train de faire, de la psychanalyse? |
| Rock&Folk
- Mais, bon Dieu, vous êtes toujours habillés impeccablement? Jamais mal
rasés? Jamais en vieux pulls informes? |
| Ralf
Hütter - C'est plus fonctionnel d'avoir un
costume quotidien, toujours le même. Ça permet de passer tout de suite à
des choses plus importantes, sans réfléchir des heures à sa tenue du jour.
C'est une sorte de costume mao allemand. |
| Rock&Folk
- Alors, aucun espoir de vous voir changer de look? Des ponchos, des barbes
et des guitares sèches, ça ne vous irait pas mal... |
| Ralf
Hütter - Nous nous sommes fait faire des
maillots et des shorts de coureurs cyclistes pour notre album et nos concerts.
Mais notre tenue est avant tout le reflet d'une certaine pensée européenne.
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| Interview
to Karl Zéro |
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