| Ralf
Hütter - Nous avons débuté dans une période
de silence. Nous sommes la première génération d'après-guerre en Allemagne;
les artistes allemands ont du inventer une nouvelle créativité. Quand j'ai
rencontré Florian Schneider-Esleben au conservatoire de Düsseldorf en 1968,
c'était une époque d'ouverture, de happenings, tout était permis. |
| De
la Dance - Quelles étaient vos influences musicales? |
| Ralf
Hütter - Tout. Les oreilles sont deux microphones,
on a commencé par là. Par le son de la vie quotidienne, le Kling Klang de
l'Allemagne. |
| De
la Dance - Votre célébration de la modernité (nucléaire, ordinateurs)
est-elle sincère ou ironique? |
| Ralf
Hütter - Absolument sincère. Il ne s'agit
pas d'un positivisme stupide, mais de la réalité qui nous intéresse. Les
machines électroniques, la vidéo, tout ça, c'est la vie d'aujourd'hui. Il
est donc normal d'en parler et de l'inclure dans no chansons. On doit se
servir des machines, non pour en faire des armes, mais pour préparer un
futur plus humain. C'est de l'écologie artistique. Quel est votre rapport
avec cette technologie que vous aimez tant? On joue avec les machines et
les machines jouent anotre musique. C'est l'amitié que nous avons avec les
machines qui crée cette nouvelle musique. Avant, c'était un travail énorme
de faire une boucle, sans sampler ni ordinateur. On a du inventer nos machines,
construire nos percussions. Aujourd'hui la technologie est allée dans notre
sens, c'est beaucoup plus agréable, on voyage avec un portable. De "Autobahn"
à "Trans Europe Express" en passant par "Tour de France", vous avez toujours
été fascinés par les transports... Ce'st le mouvement qui nous fascine,
le dynamisme de la vie moderne par opposition aux choses statiques, mortes.
La musique est faite de mouvement, de changement, de vitesse... Grâce aux
réseaux d'ordinateurs, on peut envoyer de la musique à New York, c'est merveilleux. |
| De
la Dance - Vous êtes une influence majeure de la House, comment
l'expliquez-vous? |
| Ralf
Hütter - Quand on jouait aux USA, il y avait
toute une partie du public qui dansait, surtout les Noirs et les Hispaniques.
L'électronique est la musique du village global. Tout le monde a un couer,
un pouls; l'origine de la musique se trouve dans la danse. D'ailleurs dans
certaines langues c'est le mêmem mot. Quant au rythme, c'est le dynamisme
des machines, la "soul" des machines qui ont toujours occupé notre musique.
On cherche la transe dans le sexe ou les parties, mais les machines possèdent
la transe parfaite. |
| De
la Dance - Vous revenez aujourd'hui avec un remix dansant de
vos anciens morceaux. Quel est votre futur? |
| Ralf
Hütter - Nous continuons dans la voie d'une
technologie humaine. Le système Kraftwerk voyage avec nous sur scène, c'est
une parfait collaboration entre l'homme et la machine. Nous avons entièrement
digitalisé nos vieillles bandes qui se dégradaient et désormais tout la
mémoire Kraftwerk est disponible en pressant un bouton. Notre studio est
comme une cuisine, un laboratoire, on travaille tout le temps à faire du
neuf. Et Même si nous disparaissons, l'encyclopédie de sons Kraftwerk sera
disponible à jamais. Quelqu'un viendra et pourra créer de nouvelles compositions. |
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| Interview
to Silvain Gire |
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