| R&F
- Qu'avez-vous penser du tour de cette année? Vous deviez soutenir Jan Ulrich,
non? |
| Ralf
Hütter - Cela paraitrait logique non, en
sport, nous avons une devise : que le meilleur gagne. En 2003, nous étions
en présence de deux très grands champions. Nous sommes heureux de la victoire
de Lance Armstrong et convaincus que l'heure d'Ulrich viendra. |
| R&F
- Nous nous sommes alissé dire que vous aviez assisté à l'épreuce de Val
d'Isère au coeur du peloton... |
| Ralf
Hütter - Absolument. Nous étions dans la
voiture du directeur sportif Gilbert Duclos-Lassalle, c'est une expérience
unique, nous avons pu véritablement prendre le pouls de l'épreuve. Il faut
ressentir l'étape de l'intérieur pour comprendre quel exploit elle constitue
et la charge émotionnelle qui s'en dégage. |
| R&F
- Est-ce cela que vous vouliez retranscrire en enregistrant ce "Tour De
France Soundtracks"? |
| Ralf
Hütter - Très certainement. A vrai dire,
l'idée n'est pas neuve. Nous l'avons eue dès le milieu des années 80. Parce
que nous sommes passionnés par le cyclisme et parce que nous considérons
le Tour de France comme une épreuve de choix, longue et qui mérite de nombreux
développements, nous savions que nous y reviendrons un jour. Notre ami fraçais
Maxime Schmitt nous a régulièrement relancé sur ce projet. |
| R&F
- Le centenaire de l'épreuve a finalement précipité les choses... |
| Ralf
Hütter - ...même si, égal à lui-même, Kraftwerk
n'a pas été capable de publier ce disque avant le départ du tour. En fait,
nous avons même interrompu le mixage final pour être présents lors de l'étape
de Val d'Isère. |
| R&F
- Avec une dizaine d'albums en 33 années de carrière, on ne peut pas dire
que Kraftwerk ait abreuvé son pulblic. Vous vous faisiez plutôt rares jsqu'à
très récemment... |
| Ralf
Hütter - Il est vrai que nous sommes toujours
en conflit avec le temps qui va bien plus vite que nous. Mais croyez-moi,
le groupe est au centre de nos activités. |
| R&F
- Où trouve-t-on l'énergie pour revenir à un projet vieux de vingt ans? |
| Ralf
Hütter - Nous n'avions pas tout dit et avons
éprouvé le besoin de nous exprimer sur la vraie nature du Tour en développant
ses aspects physiques. Par exemple, nous avons voulu mettre l'accent sur
la fluidité de l'épreuve, son caractère répétitif, ses mouvements sans fin. |
| R&F
- Ce qui explique la tonalité très ambient de ce disque, assez proche d'Autobahn
finalement. |
| Ralf
Hütter - Il était essentiel de retranscrire
cet aspect de mouvement développé dans la logueur. De même, nous nous sommes
intéressés à la pulsation interne du Tour, à son rythme. |
| R&F
- Avec des titres comme "Vitamin", "Elektro Kardiogrammm" ou "La Forme"... |
| Ralf
Hütter - Les coureurs sont le moteur de cette
incroyable machine, il nous fallait leur rendre hommage. Et puis nous connaissons
bien l'épreuve, nous pouvons en parler. |
| R&F
- Comment ça? |
| Ralf
Hütter - Eh bien, nous en avons déjà reconnu
certaines étapes. |
| R&F
- Ce n'est plus une passion, c'est de la rage! |
| Ralf
Hütter - Oh, nous avons effectué le parcours
à notre rythme. C'est tout de même intéressant. |
| R&F
- "Tour de France Soundtracks" est votre premier album depuis "Electric
Café" en 1986 mais il n'est pas exactement le nouveau disque que vos fans
attendaient. Pourquoi ne pas avoir donné suite à "Expo 2000", le CD-Single
paru à l'occasion de l'esposition universelle d'Hanovre? |
| Ralf
Hütter - Le temps est le coupable, une fois
encore. Il faut savoir que le développement des nouvelles technologies nous
a obligés à reconcevoir entièrement notre studio. |
| R&F
- A ce sujet, vous qui avez travaillé avec des magnétophones à bandes, puis
des séquenceurs préhistoriques, comment avez vous géré la MAO (musique assistée
par ordinateur)? |
| Ralf
Hütter - Je ne pense pas qu'elle a altéré
l'essence même de Kraftwerk. |
| R&F
- Et pourtant, "Electric Café", le premier de vos disques à avoir amplement
bénéficié de cette technologie, sonnait plus cilnique que ses prédécesseurs. |
| Ralf
Hütter - C'est certainement parce que nous
l'avions décidé. Le développement des ordinateurs en studio, puis des ordinateurs
portables nous a surtout été bénéfique au plan de la scène. Nous sommes
plus mobiles. |
| R&F
- Vous vous êtes d'ailleurs produits l'an passé à Paris, à la cité de la
Musique. Que répondriez-vous à ceux qui insinuent que Kraftwerk est bon
pour le musée? |
| Ralf
Hütter - Rien, j'estime que nous avons encore
de belles choses à faire. Nous les faisons à notre rhytme, c'est tout. |
| R&F
- En ce qui concerne la scène, il est clair qu'on vous voit davantage depuis
quelques mois. Vous vous êtes produits au Japon, en Australie. Les différents
contextes, voire les continents, affectent-ils la musique de Kraftwerk? |
| Ralf
Hütter - Certainement. Au Japon, nous avons
joué dans des conditions de froid terribles: les machines et nous mêmes
en avons été affectés. En Australie, c'était le contraire. L'humidité ruisselait
du plafond et a failli mettre en péril certaines prestations. |
| R&F
- Kraftwerk est donc bien vivant. Pourtant vos photos continuent de ne montrer
que des mannequins, vous ne donnez les interviews qu'au compte-gouttes,
comme si vous refusiez le contact frontal avec le public et les médias.
Comme internet qui menace d'être pris à son propre piège, n'êtes-vous pas
victimes d'un trop grand désir de disparaitre derrière la machine? |
| Ralf
Hütter - Le Web et les ordinateurs ne sont
que des outils créés par l'homme. A lui de savoir s'en servir. L'industrie
musicale est en grande difficulté aujourd'hui parce qu'elle n'a pa su utiliser
ces outils. |
| R&F
- Elle n'aurait fait que scier la branche sur laquelle elle était assise
? David Bowie déclarait le mois dernier que beaucoup de gens estiment aujourd'hui
que la musique devrait être gratuite... |
| Ralf
Hütter - Cette position ne me parait pas
excessive. Il est clair que pour survivre, les métiers du disque se doivent
d'accepter des bouleversement radicaux. |
| R&F
- A la fin des années 80 et au début des années 90, la musique électronique
a connu une vrai résurgence. Les choses semblent s'être un peu calmés aujourd'hui.
Pensez-vous qu'elle incarne toujours l'avenir? |
| Ralf
Hütter - Tout dépend de l'utilisation qui
en sera faite. Un artiste comme Moby par exemple a beaucoup contribué à
la popularité de la musique électronique à base de samples, et au niveau
mondial. |
| R&F
- Continuez-vous à vous tenir au courant, quels sont les artistes actuels
qui vous excitent? |
| Ralf
Hütter - Nous continuons de beaucoup sortir
dans les clubs, après les concerts notamment. Nous partons la nuit en quête
de nouvelles pulsations. Nous entendons tout ce qui se fait. |
| R&F
- Depuis le 1040 d'Atari au milieu des années 80, les ordinateurs se sont
incoyablement perfectionnés et répandus. Ne pensez-vous pas que cette démocratisation
à outrance, tous ces logiciels bon marché ou gratuits par exemple, qui donnent
au profane l'illusion d'être un grand compositeurn, ne nuisent en vérité
à la qualité de la musique proposée? |
| Ralf
Hütter - Il est certain qu'il faut faire
le tri. Mais cela est valable pour toutes les musiques. Si une machine donne
des illusions à l'artiste, elle n'en donnera certainement pas à son public.
A lui de s'y retrouver. |
| R&F
- A ce sujet, estimez-vous que votre musique est devenue un langage totalement
universel ou lui trouvez-vous une réelle spécificité européenne ou allemande? |
| Ralf
Hütter - Nos outils sont ceux de la globalistion
mais des références spécifiquement européennes apparaissent clairement dans
notre travail. J'ai par exemple essayé de chanter "Tour de France" en allemand,
et cela ne fonctionnait pas. |
| R&F
- "Computer Love" ou "Musique Non Stop" en revanche, comme vous l'avez démontré
par le passé, marchent dans toutes les langues... |
| Ralf
Hütter - Exactement. Certaines identités
doivent être respectées. |
| R&F
- Votre site internet est, de loin, l'un des plus beaux proposés par des
artistes musicaux. Le contrôle de tout ce qui touche à Kraftwerk continue-t-il
de vous obséder? |
| Ralf
Hütter - Nous sommes des perfectionnistes
extrêmeme, lents. Nous tenons à ce que notre image soit bien gérée et passons
énormément de temps à concevoir les visuels. |
| R&F
- ...qui sont d'ailleurs, de plus en plus proches d'une sorte de signalétique
internationale. |
| Ralf
Hütter - C'est un choix délibéré. |
| R&F
- Peut-on espérer une réédition prochaine de votre fonds de catalogue avec
des inédits, un DVD? |
| Ralf
Hütter - Absolument, nous y travaillons actuellement.
Un DVD de concert est en chantier et nous comptons nous replonger dans certains
de nos anciens enregistrements. |
| R&F
- Il y a plus de 25 ans, vous mentionniez les noms d'Iggy Pop et David Bowie
dans une de vos chansons. Ne regrettez-vous pas de n'avoir travaillé avec
eux, de n'avoir jamais produit d'autres artiste ? Le résultat de certaines
associations aurait pu être faramineux... |
| Ralf
Hütter - Très honnêtement, tout n'a été qu'un
problème de temps. Nous aurions pu considérer des propositions si nous nous
étions sentis capables de les gérer. Depuis plus de trente ans, Kraftwerk
monopolise tout notre temps, je vous assure que c'est vrai. |
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| Interview
to Jérome Soligny |
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