Rock&Folk Magazine - Ralf Hütter - October 2003
(French Version)
R&F - Qu'avez-vous penser du tour de cette année? Vous deviez soutenir Jan Ulrich, non?
Ralf Hütter - Cela paraitrait logique non, en sport, nous avons une devise : que le meilleur gagne. En 2003, nous étions en présence de deux très grands champions. Nous sommes heureux de la victoire de Lance Armstrong et convaincus que l'heure d'Ulrich viendra.
R&F - Nous nous sommes alissé dire que vous aviez assisté à l'épreuce de Val d'Isère au coeur du peloton...
Ralf Hütter - Absolument. Nous étions dans la voiture du directeur sportif Gilbert Duclos-Lassalle, c'est une expérience unique, nous avons pu véritablement prendre le pouls de l'épreuve. Il faut ressentir l'étape de l'intérieur pour comprendre quel exploit elle constitue et la charge émotionnelle qui s'en dégage.
R&F - Est-ce cela que vous vouliez retranscrire en enregistrant ce "Tour De France Soundtracks"?
Ralf Hütter - Très certainement. A vrai dire, l'idée n'est pas neuve. Nous l'avons eue dès le milieu des années 80. Parce que nous sommes passionnés par le cyclisme et parce que nous considérons le Tour de France comme une épreuve de choix, longue et qui mérite de nombreux développements, nous savions que nous y reviendrons un jour. Notre ami fraçais Maxime Schmitt nous a régulièrement relancé sur ce projet.
R&F - Le centenaire de l'épreuve a finalement précipité les choses...
Ralf Hütter - ...même si, égal à lui-même, Kraftwerk n'a pas été capable de publier ce disque avant le départ du tour. En fait, nous avons même interrompu le mixage final pour être présents lors de l'étape de Val d'Isère.
R&F - Avec une dizaine d'albums en 33 années de carrière, on ne peut pas dire que Kraftwerk ait abreuvé son pulblic. Vous vous faisiez plutôt rares jsqu'à très récemment...
Ralf Hütter - Il est vrai que nous sommes toujours en conflit avec le temps qui va bien plus vite que nous. Mais croyez-moi, le groupe est au centre de nos activités.
R&F - Où trouve-t-on l'énergie pour revenir à un projet vieux de vingt ans?
Ralf Hütter - Nous n'avions pas tout dit et avons éprouvé le besoin de nous exprimer sur la vraie nature du Tour en développant ses aspects physiques. Par exemple, nous avons voulu mettre l'accent sur la fluidité de l'épreuve, son caractère répétitif, ses mouvements sans fin.
R&F - Ce qui explique la tonalité très ambient de ce disque, assez proche d'Autobahn finalement.
Ralf Hütter - Il était essentiel de retranscrire cet aspect de mouvement développé dans la logueur. De même, nous nous sommes intéressés à la pulsation interne du Tour, à son rythme.
R&F - Avec des titres comme "Vitamin", "Elektro Kardiogrammm" ou "La Forme"...
Ralf Hütter - Les coureurs sont le moteur de cette incroyable machine, il nous fallait leur rendre hommage. Et puis nous connaissons bien l'épreuve, nous pouvons en parler.
R&F - Comment ça?
Ralf Hütter - Eh bien, nous en avons déjà reconnu certaines étapes.
R&F - Ce n'est plus une passion, c'est de la rage!
Ralf Hütter - Oh, nous avons effectué le parcours à notre rythme. C'est tout de même intéressant.
R&F - "Tour de France Soundtracks" est votre premier album depuis "Electric Café" en 1986 mais il n'est pas exactement le nouveau disque que vos fans attendaient. Pourquoi ne pas avoir donné suite à "Expo 2000", le CD-Single paru à l'occasion de l'esposition universelle d'Hanovre?
Ralf Hütter - Le temps est le coupable, une fois encore. Il faut savoir que le développement des nouvelles technologies nous a obligés à reconcevoir entièrement notre studio.
R&F - A ce sujet, vous qui avez travaillé avec des magnétophones à bandes, puis des séquenceurs préhistoriques, comment avez vous géré la MAO (musique assistée par ordinateur)?
Ralf Hütter - Je ne pense pas qu'elle a altéré l'essence même de Kraftwerk.
R&F - Et pourtant, "Electric Café", le premier de vos disques à avoir amplement bénéficié de cette technologie, sonnait plus cilnique que ses prédécesseurs.
Ralf Hütter - C'est certainement parce que nous l'avions décidé. Le développement des ordinateurs en studio, puis des ordinateurs portables nous a surtout été bénéfique au plan de la scène. Nous sommes plus mobiles.
R&F - Vous vous êtes d'ailleurs produits l'an passé à Paris, à la cité de la Musique. Que répondriez-vous à ceux qui insinuent que Kraftwerk est bon pour le musée?
Ralf Hütter - Rien, j'estime que nous avons encore de belles choses à faire. Nous les faisons à notre rhytme, c'est tout.
R&F - En ce qui concerne la scène, il est clair qu'on vous voit davantage depuis quelques mois. Vous vous êtes produits au Japon, en Australie. Les différents contextes, voire les continents, affectent-ils la musique de Kraftwerk?
Ralf Hütter - Certainement. Au Japon, nous avons joué dans des conditions de froid terribles: les machines et nous mêmes en avons été affectés. En Australie, c'était le contraire. L'humidité ruisselait du plafond et a failli mettre en péril certaines prestations.
R&F - Kraftwerk est donc bien vivant. Pourtant vos photos continuent de ne montrer que des mannequins, vous ne donnez les interviews qu'au compte-gouttes, comme si vous refusiez le contact frontal avec le public et les médias. Comme internet qui menace d'être pris à son propre piège, n'êtes-vous pas victimes d'un trop grand désir de disparaitre derrière la machine?
Ralf Hütter - Le Web et les ordinateurs ne sont que des outils créés par l'homme. A lui de savoir s'en servir. L'industrie musicale est en grande difficulté aujourd'hui parce qu'elle n'a pa su utiliser ces outils.
R&F - Elle n'aurait fait que scier la branche sur laquelle elle était assise ? David Bowie déclarait le mois dernier que beaucoup de gens estiment aujourd'hui que la musique devrait être gratuite...
Ralf Hütter - Cette position ne me parait pas excessive. Il est clair que pour survivre, les métiers du disque se doivent d'accepter des bouleversement radicaux.
R&F - A la fin des années 80 et au début des années 90, la musique électronique a connu une vrai résurgence. Les choses semblent s'être un peu calmés aujourd'hui. Pensez-vous qu'elle incarne toujours l'avenir?
Ralf Hütter - Tout dépend de l'utilisation qui en sera faite. Un artiste comme Moby par exemple a beaucoup contribué à la popularité de la musique électronique à base de samples, et au niveau mondial.
R&F - Continuez-vous à vous tenir au courant, quels sont les artistes actuels qui vous excitent?
Ralf Hütter - Nous continuons de beaucoup sortir dans les clubs, après les concerts notamment. Nous partons la nuit en quête de nouvelles pulsations. Nous entendons tout ce qui se fait.
R&F - Depuis le 1040 d'Atari au milieu des années 80, les ordinateurs se sont incoyablement perfectionnés et répandus. Ne pensez-vous pas que cette démocratisation à outrance, tous ces logiciels bon marché ou gratuits par exemple, qui donnent au profane l'illusion d'être un grand compositeurn, ne nuisent en vérité à la qualité de la musique proposée?
Ralf Hütter - Il est certain qu'il faut faire le tri. Mais cela est valable pour toutes les musiques. Si une machine donne des illusions à l'artiste, elle n'en donnera certainement pas à son public. A lui de s'y retrouver.
R&F - A ce sujet, estimez-vous que votre musique est devenue un langage totalement universel ou lui trouvez-vous une réelle spécificité européenne ou allemande?
Ralf Hütter - Nos outils sont ceux de la globalistion mais des références spécifiquement européennes apparaissent clairement dans notre travail. J'ai par exemple essayé de chanter "Tour de France" en allemand, et cela ne fonctionnait pas.
R&F - "Computer Love" ou "Musique Non Stop" en revanche, comme vous l'avez démontré par le passé, marchent dans toutes les langues...
Ralf Hütter - Exactement. Certaines identités doivent être respectées.
R&F - Votre site internet est, de loin, l'un des plus beaux proposés par des artistes musicaux. Le contrôle de tout ce qui touche à Kraftwerk continue-t-il de vous obséder?
Ralf Hütter - Nous sommes des perfectionnistes extrêmeme, lents. Nous tenons à ce que notre image soit bien gérée et passons énormément de temps à concevoir les visuels.
R&F - ...qui sont d'ailleurs, de plus en plus proches d'une sorte de signalétique internationale.
Ralf Hütter - C'est un choix délibéré.
R&F - Peut-on espérer une réédition prochaine de votre fonds de catalogue avec des inédits, un DVD?
Ralf Hütter - Absolument, nous y travaillons actuellement. Un DVD de concert est en chantier et nous comptons nous replonger dans certains de nos anciens enregistrements.
R&F - Il y a plus de 25 ans, vous mentionniez les noms d'Iggy Pop et David Bowie dans une de vos chansons. Ne regrettez-vous pas de n'avoir travaillé avec eux, de n'avoir jamais produit d'autres artiste ? Le résultat de certaines associations aurait pu être faramineux...
Ralf Hütter - Très honnêtement, tout n'a été qu'un problème de temps. Nous aurions pu considérer des propositions si nous nous étions sentis capables de les gérer. Depuis plus de trente ans, Kraftwerk monopolise tout notre temps, je vous assure que c'est vrai.
Interview to Jérome Soligny


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Updated: November 25, 2007